Météo : Une saison cyclonique 2021-2022 extrêmement dense

La saison cyclonique 2021-2022 a connu un nombre élevé de phénomènes, mais l’activité globale n’a été que légèrement supérieure à la normale. Voici le bilan complet de Météo France :

Bilan de la saison cyclonique 2021-2022 dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien : La saison cyclonique 2021-2022 a connu un nombre élevé de phénomènes, mais avec une majorité de tempêtes tropicales, la plupart modérées, de sorte que l’on doit considérer que l’activité globale n’a été que légèrement supérieure à la normale. Cette saison cyclonique aura été singulière à bien des égards, avec nombre de faits ou d’événements totalement inédits. Elle a été extrêmement dense, avec un cœur de saison hyper-actif faisant suite à un démarrage exceptionnellement tardif. La multiplicité des météores a participé du fait que les terres habitées n’ont pas été épargnées, à commencer par Madagascar, qui a été confrontée à un nombre record de systèmes. Sur les treize météores de la saison, près de la moitié d’entre eux a, en effet, impacté la Grande Île, avec pas moins de six atterrissages, un nombre jamais observé auparavant. Les faits marquants de cette saison – Une première partie de saison aux abonnés absents, avec zéro activité perturbée jusqu’au 20 janvier, une première: jamais depuis le début de l’ère satellitaire (1967), la saison n’avait démarré aussi tard. – Puis un cœur de saison hyper actif, avec 9 tempêtes et cyclones en l’espace d’un mois et demi: là encore du jamais vu. – Au total, une saison qui a vu le développement d’un nombre élevé de phénomènes, avec 13 tempêtes, mais seulement 5 qui ont atteint le stade de cyclone. – Près de la moitié de ces systèmes, soit 6, a impacté (et traversé) Madagascar, dont 5 qui ont touché terre sur la côte Est de la Grande Île. Là encore de l’inédit, puisque ces deux valeurs établissent deux nouveaux records: jamais Madagascar dans sa globalité, et sa côte orientale en particulier, n’avaient eu à subir les assauts d’autant de phénomènes cycloniques lors d’une même saison. – Le 6ème système qui a permis d’établir ce record, JASMINE, est en soi un système hors norme: c’est la première tempête tropicale connue à se former sur la partie centrale du Canal de Mozambique à une date aussi tardive dans la saison (fin avril). JASMINE a, en outre, atterri à proximité de Tuléar, pour ce qui constitue probablement l’impact d’un système dépressionnaire le plus virulent (en termes de vents du moins) qu’ait subi la “cité du soleil”, depuis le début de l’ère satellitaire. – Quatre systèmes dépressionnaires ont également concerné le Mozambique, dont deux significativement, ce qui constitue là aussi un nombre inhabituellement élevé, mais pas exceptionnel. Par contre, le fait exceptionnel c’est que GOMBE a été le quatrième cyclone à frapper le Mozambique en quatre ans, et ça c’est sans précédent depuis 1967. – Les Mascareignes s’en sont comparativement mieux sorties, même si elles ont été soumises également à la succession rapprochée inédite des deux cyclones BATSIRAI et EMNATI, alors au summum de leur puissance, mais par chance sans impact direct.  

Une activité cyclonique concentrée sur un peu plus de trois mois et demi seulement L’activité cyclonique a été extrêmement dense durant cette saison 2021-2022, puisque concentrée sur un peu plus de trois mois et demi seulement. Treize tempêtes tropicales se sont formées durant ce laps de temps, soit une de plus que lors de l’exercice précédent, mais seulement cinq ont évolué jusqu’au stade de cyclone tropical, une proportion moindre que la normale (mais ils ont tous été classés intenses en temps réel, cependant). Malgré ce nombre élevé de phénomènes, l’activité globale de cette saison doit néanmoins être jaugée comme seulement légèrement supérieure à la normale. Atteindre un tel niveau d’activité constitue toutefois une vraie prouesse, si l’on considère qu’au 20 janvier le compteur était encore à zéro, avec une absence totale d’activité jusqu’à cette date, un fait sans précédent depuis le début de l’ère satellitaire (i.e. 1967). Car il a, en effet, fallu attendre la troisième décade de janvier, pour voir la saison (enfin) démarrer, avec le futur système ANA. Pourtant, malgré ce démarrage exceptionnellement tardif, le bilan final est largement excédentaire (en termes de nombre de phénomènes du moins). Ce qui implique que la suite de la saison a fait plus que rattraper le retard initial. Il a fallu pour cela que l’activité perturbée mette les bouchées doubles. De fait, à une première partie de saison totalement atone, sans la moindre activité jusqu’à une date très avancée (établissant donc un nouveau record de tardiveté pour le démarrage de la saison), a succédé une activité frénétique, record également. Un mois et demi durant, l’activité perturbée s’est en effet déchaînée, cumulant pas moins de neuf tempêtes tropicales et cyclones entre le 22 janvier et le 7 mars (soit l’équivalent d’une saison cyclonique entière d’activité normale!). Du jamais vu depuis le début de l’ère satellitaire, là encore. Sept systèmes en l’espace d’un laps de temps aussi réduit, cela arrive régulièrement durant le cœur de saison (il y a même le cas remarquable de la saison 1991-1992, durant laquelle on a assisté au développement de sept systèmes en trois semaines!). Huit, c’est déjà rarissime (cas de la saison 1983-1984). Neuf, c’est totalement inédit. Et comme quatre systèmes supplémentaires sont venus compléter le tableau, le bilan final de l’exercice 2021-2022 s’établit donc à treize tempêtes ou cyclones, un nombre très élevé, puisqu’il n’a été surpassé qu’en deux occasions seulement au cours des 50 dernières années (on rappelle que la normale correspond au développement de neuf à dix tempêtes tropicales, dont statistiquement environ la moitié atteignent le stade de cyclone tropical). Pour autant, l’on ne peut pas considérer cette saison 2021-2022 comme figurant parmi les plus actives de ces cinq dernières décennies. Le nombre conséquent de phénomènes recensé doit en effet être relativisé par le fait que six d’entre eux, près de la moitié donc, n’ont été que de simples tempêtes tropicales modérées (sur la zone Sud-Ouest de l’océan Indien s’entend, i.e. à l’ouest de 90°Est s’agissant de KARIM), qui plus est relativement éphémères, puisque se maintenant à ce stade durant moins de 48h en moyenne. De sorte que le nombre de jours cumulés d’activité perturbée significative (i.e. avec la présence sur le bassin d’un système dépressionnaire au stade de tempête tropicale ou de cyclone) s’établit à 59 jours (contre 68 lors de l’exercice précédent, malgré un système de moins), soit une valeur un peu au-dessus de la normale, tandis que les 19 jours cycloniques (nombre de jours avec la présence sur zone d’un cyclone tropical) sont eux rigoureusement dans la norme. En termes d’ACE (acronyme anglais signifiant Énergie Cyclonique Cumulée – paramètre intégré prenant en compte la durée de vie et l’intensité des phénomènes, et permettant d’évaluer plus objectivement le degré d’activité d’une saison), le constat est similaire, positionnant cette saison 2021-2022 légèrement au-dessus de la moyenne.

Et à La Réunion ? La Réunion a connu un mois de février agité, avec deux alertes rouges à dix-huit jours d’intervalle, en lien avec le passage successif des cyclones BATSIRAI et EMNATI. BATSIRAI a ainsi mis fin à 8 années sans alerte rouge (la dernière remontant au cyclone BEJISA, début janvier 2014), la plus longue période sans alerte rouge dans l’histoire contemporaine du département. Ces deux cyclones aux comportements et trajectoires étonnamment similaires, ont renoué avec la grande tradition des cyclones arrivant par le nord-est (les cyclones dits “St-Brandon”, du nom de l’archipel corallien situé à quelque 800 km au nord-est de La Réunion, à proximité duquel transitent ordinairement tous ces cyclones, qui représentent plus de 90% des menaces cycloniques ayant historiquement affecté l’île). Cette tradition avait connu une longue mise entre parenthèses, puisque les deux derniers événements marquants en date, BEJISA en 2014 et FAKIR en 2018, avaient correspondu à des phénomènes à l’origine et aux trajectoires atypiques, puisque tous deux formés au nord-est de Madagascar (au voisinage de l’archipel seychellois de Farquhar) et arrivés par le nord-nord-ouest de La Réunion. Cyclones à la fois larges et puissants au moment de leur passage au nord de Maurice, puis de La Réunion, BATSIRAI et EMNATI ont eu la mansuétude d’épargner aux îles sœurs les affres d’un impact direct, qui aurait de toute évidence été catastrophique. Avec une influence durable, venteuse, mais demeurant dans des limites raisonnables, et pluvieuse importante (surtout pour BATSIRAI et principalement dans les Hauts), ces deux épisodes très perturbés ont constitué une piqûre de rappel (à bon compte) que La Réunion demeure une terre de cyclones et que, tôt ou tard, l’île ne pourra pas toujours être aussi chanceuse de bénéficier d’une trajectoire favorable lui évitant d’être frappée de plein fouet. Les deux épisodes pluvieux induits par EMNATI et surtout BATSIRAI, ont grandement contribué à la pluviométrie largement excédentaire observée dans l’intérieur et dans le Sud de l’île lors de ce mois de février 2022 (plus de 2m de précipitations recueillis dans Mafate sur les deux épisodes, près de 3m au volcan), et ont apporté leur écot à la pluviométrie également excédentaire de la saison des pluies dans son ensemble. Contribution en l’occurrence décisive pour faire en sorte que celle-ci figure au 5ème rang des saisons des pluies les plus arrosées sur les 50 dernières années. Une aubaine pour la ressource en eau de l’île, après trois années de sécheresse…

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